À Kénitra, dans la zone franche atlantique, un projet industriel discret mais considérable prend forme depuis 2024 : la première gigafactory de batteries du continent africain, portée par le géant chinois Gotion High-Tech. Un projet qui pourrait repositionner le Maroc au cœur de la chaîne de valeur mondiale de la voiture électrique — à condition de tenir enfin un calendrier maintes fois repoussé. Cette gigafactory de batteries est essentielle pour l’avenir des véhicules électriques.
Le développement de cette gigafactory de batteries est un facteur déterminant pour le succès des véhicules électriques au Maroc.
La gigafactory de batteries en bref
| Élément | Détail |
|---|---|
| Porteur du projet | Gotion High-Tech (Chine), via sa filiale locale Gotion Power Morocco |
| Localisation | Zone franche atlantique de Kénitra |
| Technologie | Batteries lithium-fer-phosphate (LFP), approche intégrée « cathode-to-cell » |
| Capacité initiale (phase 1) | 20 GWh/an |
| Capacité cible à terme | Jusqu’à 100 GWh/an, sur 5 phases |
| Emplois annoncés | 2 300 emplois directs en phase 1, jusqu’à 17 000 emplois directs/indirects/induits à terme |
| Investissement | 12,8 milliards de DH pour la convention initiale (2024) ; jusqu’à 65 milliards de DH annoncés pour l’ensemble du projet multi-phases |
| Démarrage visé | Fin d’été / août 2026 (calendrier plusieurs fois révisé depuis 2024) |
Une technologie pensée pour l’exportation vers l’Europe
Le choix de la chimie LFP (lithium-fer-phosphate) n’est pas anodin : moins coûteuse et plus stable thermiquement que les batteries NMC, elle domine déjà une large part du marché mondial des véhicules électriques d’entrée et de milieu de gamme. L’usine de Kénitra vise une approche « cathode-to-cell », c’est-à-dire une intégration verticale produisant à la fois les cellules de batterie et certains de leurs composants clés (cathodes, anodes) sur le même site — une étape supplémentaire dans la chaîne de valeur, rarement localisée hors de Chine. Cette gigafactory de batteries vise à améliorer l’approvisionnement local.
Le timing n’est pas non plus un hasard : le règlement européen sur les batteries (UE 2023/1542), pleinement applicable depuis août 2025, impose des critères de durabilité et de traçabilité stricts aux batteries importées sur le marché européen. Produire au Maroc, à quelques heures de bateau des ports européens et sous accord de libre-échange avec l’UE, permet de contourner une partie de ces frictions réglementaires et logistiques qui pèsent sur les batteries importées directement de Chine.
Un calendrier qui n’a cessé de bouger
Le protocole d’accord initial remonte à 2023, suivi d’une convention d’investissement stratégique signée en juin 2024 à Rabat. Depuis, la date d’entrée en production a été annoncée, puis révisée, à plusieurs reprises : le troisième trimestre 2026 évoqué en 2025, précisé à « août 2026 » par une note de recherche de la banque chinoise BOCOM International en mai 2026, puis reconfirmé fin août par Gotion elle-même. Une enquête approfondie parue en juillet 2026 souligne même que cinq horizons de mise en production se sont succédé depuis 2024 sans qu’aucun ne soit encore confirmé sur le terrain.
Ce genre de glissement de calendrier n’a rien d’exceptionnel pour un projet industriel de cette ampleur — mais il mérite d’être mentionné clairement plutôt que de présenter chaque nouvelle date comme définitive. Les travaux de terrassement et préparations de site, eux, sont déjà achevés, et plusieurs campagnes de recrutement (postes de production, achats) ont été lancées à Kénitra ces derniers mois — des signaux concrets d’avancement, indépendamment de la date exacte de démarrage.
Le financement se précise
Le 24 juillet 2026, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un prêt de 100 millions d’euros à Gotion Power Morocco pour cette gigafactory intégrée. Selon les chiffres disponibles, environ 629 millions de yuans (près de 843 millions de DH) avaient déjà été engagés sur le projet à fin 2025 — une fraction encore modeste de l’enveloppe totale annoncée, cohérente avec un projet qui démarre par sa première phase avant une montée en puissance progressive sur plusieurs années.
Bien plus qu’une seule usine : un écosystème en construction
La gigafactory de Kénitra n’est que la pièce la plus visible d’une stratégie plus large. Le groupe marocain Al Mada a annoncé des partenariats avec plusieurs entreprises chinoises de la chaîne de valeur des batteries : une coentreprise avec NGI, une autre avec CNGR (matériaux pour cathodes, dans le cadre du programme industriel du groupe OCP), et des discussions avec Tinci, autre acteur chinois majeur des électrolytes. L’objectif affiché : bâtir localement l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries, du raffinage des matériaux jusqu’à la cellule finale, plutôt que de se limiter à l’assemblage. Ces entreprises sont cruciales pour le développement de cette gigafactory de batteries.
Ce que ça change pour le Maroc
- Positionnement industriel : le Maroc, déjà hub automobile majeur (plus de 14 milliards de dollars d’exportations automobiles en 2023), étend sa chaîne de valeur à l’un des composants les plus stratégiques et les plus chers du véhicule électrique : la batterie.
- Emploi : jusqu’à 17 000 emplois directs, indirects et induits annoncés à terme, dont 2 300 emplois directs dès la première phase.
- Une première régionale : le projet est présenté comme la première gigafactory de batteries de la région Moyen-Orient/Afrique, un argument de poids pour attirer d’autres investissements dans la filiere.
- Un impact indirect sur les prix : à terme, une production locale de batteries pourrait réduire les coûts d’approvisionnement pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables assemblés au Maroc (Stellantis à Kénitra, Renault à Tanger), sans qu’un calendrier précis de répercussion sur les prix ne soit à ce jour communiqué.
Questions fréquentes
La gigafactory produira-t-elle pour le marché marocain ou pour l’export ?
Le projet est avant tout tourné vers l’exportation vers l’Europe, profitant de la proximité géographique et des accords commerciaux avec l’UE. Un bénéfice indirect pour les véhicules assemblés au Maroc reste possible à terme, sans certitude sur le calendrier.
Pourquoi la date de démarrage a-t-elle autant changé ?
Les grands projets industriels de cette taille connaîssent fréquemment des ajustements de calendrier liés aux délais de construction, d’homologation et de montée en cadence. Le suivi journalistique du dossier montre au moins cinq révisions de date depuis 2024.
Qu’est-ce qu’une batterie LFP, et pourquoi ce choix ?
LFP signifie lithium-fer-phosphate : une chimie de batterie moins coûteuse et plus stable thermiquement que les batteries NMC (nickel-manganese-cobalt), largement utilisée sur les véhicules électriques d’entrée et de milieu de gamme, dont plusieurs modèles déjà commercialisés au Maroc. La sélection de cette chimie de batterie est essentielle pour la réussite de la gigafactory.
En résumé : la gigafactory de Kénitra représente un pari industriel majeur pour le Maroc, capable de transformer sa position dans la chaîne de valeur mondiale de l’électrique — à condition que le calendrier, plusieurs fois repoussé depuis 2024, tienne enfin cette fois-ci. Rendez-vous à la rentrée pour vérifier si la production démarre effectivement comme annoncé. Cette gigafactory de batteries pourrait jouer un rôle clé dans l’avenir économique du pays.
Source : selon Médias24 (mai 2026), qui cite une note du courtier BOCOM International, la première phase de l’usine de Kénitra vise 20 GWh, pour un investissement de 12,8 milliards de dirhams et 17 000 emplois annoncés, avec une mise en service de la production prévue en août 2026.


