Combien coûte réellement une recharge à domicile au Maroc ? (calcul détaillé)

Combien coûte réellement une recharge à domicile au Maroc ? (calcul détaillé)

Recharge d'une voiture électrique à domicile sur une borne murale au Maroc
30 juillet 2026
Posté par: admin

On lit partout que la recharge coûte environ 1,15 DH/kWh au Maroc. En réalité, un mécanisme de tarification peu connu peut doubler ce coût. Voici le calcul complet, étape par étape, avec un exemple chiffré.

« Ça coûte 1,15 DH le kWh, donc ma recharge me revient à X DH » : c’est le calcul que tout le monde fait, et c’est presque toujours faux. Au Maroc, la facture d’électricité fonctionne par tranches progressives — et un mécanisme peu connu peut faire grimper le coût réel de votre recharge à domicile bien au-dessus du tarif affiché. Voici le calcul complet, étape par étape.

Les tarifs ONEE 2026 pour un particulier

Pour un client raccordé en basse tension (le cas de la quasi-totalité des foyers), le prix du kWh augmente par tranche de consommation mensuelle :

Tranche mensuellePrix indicatif au kWh (TTC)
0 à 100 kWh~0,90 DH
101 à 200 kWh~1,07 DH
201 à 300 kWh~1,18 DH
301 à 500 kWh~1,45 DH
Au-delà de 500 kWh~1,66 DH

Tarifs indicatifs, TVA incluse : ils varient légèrement selon votre distributeur régional (ONEE, Lydec, Redal ou Amendis selon la ville) et évoluent chaque année.

Le piège que presque personne ne mentionne : la tarification « sélective »

Voici le point crucial que la plupart des calculs de coût de recharge oublient : tant que votre consommation mensuelle totale reste sous 150 kWh, chaque tranche est facturée progressivement (comme un barème d’impôt). Mais dès que vous dépassez 150 kWh sur le mois, l’ONEE applique une tarification dite « sélective » : c’est le prix de la tranche dans laquelle vous atterrissez qui s’applique à l’intégralité de votre consommation, pas seulement au surplus.

Concrètement : si charger votre voiture électrique fait passer votre consommation totale de 150 à 350 kWh sur le mois, ce n’est pas seulement les 200 kWh supplémentaires de la recharge qui sont facturés au tarif supérieur — c’est l’ensemble de vos 350 kWh, y compris ceux que vous auriez consommés de toute façon (frigo, éclairage, climatisation). Le coût marginal réel de la recharge peut ainsi être bien plus élevé que le tarif affiché en tranche 1.

Recharge à domicile : calcul détaillé sur un exemple concret

Prenons un cas réaliste : une citadine électrique consommant 16 kWh/100 km (une moyenne courante pour les modèles compacts/intermédiaires), parcourant 1 250 km par mois (soit environ 15 000 km/an, un usage régulier typique).

Besoin de recharge : 1 250 km × 16 kWh/100 km = 200 kWh par mois.

Étape 1 — Facture du foyer sans la voiture : un foyer marocain moyen consomme autour de 150 kWh/mois (électroménager, éclairage, éventuellement climatisation modérée). À 150 kWh, on reste sous le seuil de 150 kWh : facturation progressive classique.
100 kWh × 0,90 DH = 90 DH, puis 50 kWh × 1,07 DH = 53,5 DH.
Total sans EV : environ 143,5 DH.

Étape 2 — Facture du foyer avec la voiture : 150 kWh (foyer) + 200 kWh (voiture) = 350 kWh, on dépasse largement les 150 kWh : la tarification sélective s’applique, et l’intégralité des 350 kWh bascule dans la tranche 301-500 kWh, facturée ~1,45 DH/kWh.
350 kWh × 1,45 DH = environ 507,5 DH au total.

Étape 3 — Coût réel attribuable à la recharge : 507,5 DH − 143,5 DH = 364 DH pour 200 kWh, soit un coût marginal effectif d’environ 1,82 DH/kWh — pratiquement le double du tarif de première tranche (0,90 DH) souvent utilisé dans les calculs simplifiés qu’on trouve ailleurs.

Ramené au kilomètre : 364 DH ÷ 1 250 km = environ 0,29 DH/km.

Et face à l’essence, ça donne quoi ?

Une citadine essence équivalente consommant 6,5 L/100 km, avec un carburant autour de 13,5 DH/L, revient à environ 0,88 DH/km. Même en tenant compte du piège de la tarification sélective, l’électrique reste donc environ 3 fois moins cher au kilomètre que l’essence — un écart réel, mais moins spectaculaire que le « 4 à 5 fois moins cher » qu’on lit parfois, qui ignore généralement l’effet de la tarification sélective.

Comment réduire la facture

  • Vérifiez l’option bi-horaire auprès de votre distributeur (ONEE, Lydec, Redal, Amendis selon la ville) : certains contrats proposent un tarif réduit la nuit, idéal pour une recharge programmée pendant les heures creuses.
  • Évitez de recharger à 100% systématiquement : recharger partiellement plus souvent, plutôt que de vider complètement la batterie, lisse la consommation mensuelle et peut éviter de franchir un palier de tranche.
  • Le solaire domestique devient particulièrement pertinent avec un véhicule électrique : produire ses propres kWh en journée neutralise l’effet tranche pour la part autoconsommée.
  • Une borne de recharge dédiée avec suivi de consommation permet de bien distinguer la part « voiture » du reste du foyer, et de mieux anticiper l’impact sur votre facture globale.

Et la recharge sur borne publique ?

Les bornes publiques ne sont pas soumises à la même logique de tranches : elles appliquent généralement un tarif fixe au kWh (ou à la session), souvent plus élevé que la première tranche domestique mais sans le risque de « piège sélectif » décrit plus haut. Pour un foyer qui approche déjà les paliers supérieurs de consommation, un mix recharge à domicile (l’essentiel) + recharge publique occasionnelle peut parfois s’avérer plus économique qu’une recharge 100% domestique.

Questions fréquentes

Le tarif de 1,15 DH/kWh souvent cité est-il faux ?

Il correspond à une moyenne indicative, mais il ne reflète pas l’effet de seuil de la tarification sélective. Le coût réel dépend entièrement de votre consommation totale du mois, pas uniquement du besoin de la voiture.

Comment calculer mon propre cas ?

Prenez votre consommation actuelle (sur votre dernière facture), ajoutez les kWh estimés de votre recharge mensuelle, et comparez le total à la grille de tranches ci-dessus. Notre simulateur FlexEV fait ce calcul automatiquement à partir de votre profil de conduite.

La recharge électrique reste-t-elle avantageuse malgré tout ?

Oui, très largement : même dans le scénario le plus défavorable calculé ci-dessus, le coût au kilomètre reste environ 3 fois inférieur à celui d’un véhicule essence équivalent.

En résumé : recharger chez soi reste bien moins cher que de faire le plein, mais le calcul mérite d’être fait sérieusement plutôt que d’appliquer un tarif moyen approximatif. Pour un chiffrage personnalisé selon votre véhicule et votre kilométrage, notre simulateur reste l’outil le plus fiable.

Source des tarifs : grille tarifaire basse tension publiée sur le site officiel de l’ONEE. Les tarifs appliqués par Lydec, Redal ou Amendis peuvent légèrement différer.

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