Au cours des cinq dernières années, la mobilité électrique au Maroc est passée du statut de curiosité technologique à celui d’enjeu industriel et énergétique majeur. Le Royaume a immatriculé 2 417 véhicules 100 % électriques au premier semestre 2025, soit une progression de +132 % par rapport à 2024 selon les chiffres de l’AIVAM. Cette accélération s’inscrit dans le cadre du Plan National de Développement de la Mobilité Électrique 2021-2030, qui vise un parc de 150 000 véhicules électriques en circulation et 10 000 points de charge à l’horizon 2030 — contre environ 800 aujourd’hui.
Pour atteindre ces objectifs ambitieux, le Maroc ne peut compter ni sur la seule action publique, ni sur la seule volonté des constructeurs. La transition énergétique dans la mobilité repose désormais sur une gouvernance collective, portée par des associations professionnelles, des fédérations sectorielles et des instituts de recherche qui coordonnent les efforts. Tour d’horizon des acteurs qui structurent l’écosystème automobile marocain vers l’électrique.
Les associations dédiées à la mobilité électrique au Maroc
APIME : le moteur intersectoriel
L’APIME (Association Professionnelle Intersectorielle pour la Mobilité Électrique) est née le 30 janvier 2023 à Casablanca, sous la présidence d’Omar El Harti (Centrelec). Son originalité tient à sa composition : pour la première fois au Maroc, un même groupement réunit :
- des constructeurs automobiles (Auto Nejma–Mercedes-Benz, Renault Group) ;
- des fabricants et installateurs de bornes de recharge (Adiwatt, Centrelec, Schiele Maroc) ;
- des câbliers et équipementiers (Nexans) ;
- des opérateurs de recharge (Afrimobility) ;
- des organismes de R&D et de promotion (IBM, AVERE Maroc).
Ce maillage intersectoriel fait toute la différence : l’APIME peut produire des recommandations cohérentes sur l’ensemble de la chaîne de valeur — du véhicule au câble, en passant par la borne et le réseau électrique. L’association travaille notamment avec l’IMANOR sur la normalisation des équipements de recharge, un préalable indispensable au déploiement à grande échelle. En septembre 2025, l’APIME a organisé le Morocco Electric & Automotive Meetings (MEAM 2025), premier rendez-vous national à mettre en lumière la chaîne de valeur complète de la mobilité électrique au Maroc.
AMMETE : une voix complémentaire
Aux côtés de l’APIME, plusieurs initiatives associatives émergent pour fédérer des sous-segments spécifiques : entreprises de mobilité durable, opérateurs de transport public, communautés d’utilisateurs de véhicules électriques. Ces structures plus jeunes, comme l’AMMETE, jouent un rôle de relais auprès des collectivités territoriales et des consommateurs finaux. Leur action est notamment précieuse pour la sensibilisation à l’autopartage électrique et pour le déploiement des bornes de recharge au Maroc dans les zones urbaines périphériques, encore mal couvertes.
Les piliers de l’industrie et de la distribution
AIVAM : la voix des importateurs
L’AIVAM (Association des Importateurs de Véhicules au Maroc), créée en 1988, regroupe 20 opérateurs professionnels représentant 34 marques — soit la totalité du marché formel de la voiture neuve. Son rôle dans la transition est central : c’est elle qui dialogue avec les pouvoirs publics sur les volets fiscalité, homologation et affichage écologique. Plus visiblement, l’AIVAM a transformé son traditionnel salon Auto Expo en un événement 100 % dédié aux véhicules hybrides et électriques, organisé du 18 au 28 septembre 2025 à Casablanca. Une rupture symbolique qui acte le basculement du marché.
AMICA : la colonne vertébrale industrielle
Depuis 1974, l’AMICA (Association Marocaine pour l’Industrie et la Construction Automobile) représente plus de 160 membres issus de la construction et de l’équipement. Avec l’arrivée des batteries, des moteurs électriques et des onduleurs dans les chaînes de production, l’AMICA accompagne la montée en compétences de la filière. Sa mission : faire en sorte que le Maroc, déjà producteur de véhicules à moteur thermique pour l’export, devienne aussi producteur de véhicules électriques — un objectif officiellement inscrit dans la stratégie industrielle nationale.
GIPAM : l’after-market en mutation
Créé en mars 2017, le GIPAM (Groupement Interprofessionnel de l’Automobile au Maroc) fédère les fabricants, importateurs, distributeurs et prestataires de maintenance de pièces de rechange. Avec un marché de la pièce détachée estimé à plus de 10 milliards de dirhams, son influence sur la transition est souvent sous-estimée : c’est en grande partie la capacité du GIPAM à organiser la maintenance des véhicules électriques (batteries, onduleurs, freinage régénératif) qui déterminera l’adoption à long terme. En janvier 2027, le GIPAM co-organisera à Casablanca Equip Auto Maroc-MAT, premier grand salon couvrant à la fois la voiture thermique, hybride, électrique et les nouvelles mobilités.
L’infrastructure technique et la R&D
FENELEC : normes et infrastructure électrique
La FENELEC (Fédération Nationale de l’Électricité, de l’Électronique et des Énergies Renouvelables) compte aujourd’hui plus de 650 entreprises adhérentes, totalisant 70 000 emplois et 54 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Elle représente plus de 95 % de l’activité du secteur électrique et électronique national. C’est sous son égide que l’APIME a choisi de s’affilier, signe que la transition énergétique dans les transports passe par la maîtrise du réseau électrique.
La FENELEC pilote des chantiers cruciaux : adaptation des normes électriques pour les installations de recharge résidentielles et publiques, dialogue avec l’ONEE et les distributeurs sur les cahiers des charges de branchement, accompagnement des entreprises marocaines vers les nouveaux métiers de l’électromobilité. Vous pouvez consulter les membres de la FENELEC directement sur le site officiel de la fédération pour identifier les acteurs clés du secteur.
IRESEN : la R&D au service de la mobilité
Créé en 2011 par le ministère de l’Énergie et plusieurs acteurs nationaux, l’IRESEN (Institute for Research in Solar Energy and New Energies) a pour mission d’accompagner la stratégie énergétique du Maroc par la recherche appliquée. Sur le volet mobilité, son rôle est triple :
- R&D sur les batteries et la recharge solaire, en partenariat avec les universités marocaines ;
- organisation du Moroccan Solar Race Challenge, qui réunit étudiants et chercheurs autour de prototypes de véhicules solaires ;
- expérimentation au sein du Green Energy Park de Benguérir, vitrine technologique des solutions de recharge intelligentes.
L’IRESEN collabore désormais étroitement avec l’APIME pour aligner les agendas de recherche et les besoins industriels. Pour aller plus loin sur le déploiement des bornes de recharge au Maroc et les enjeux infrastructurels, le site d’EV Tricity Consult propose une analyse approfondie du secteur.
Conclusion & Perspectives
L’écosystème automobile marocain se réinvente sous l’effet de l’électrification. Le succès du basculement ne dépendra ni d’un seul acteur, ni d’un seul ministère : il repose sur la synergie public-privé orchestrée par les associations sectorielles. Les pouvoirs publics fixent le cap — Plan National 2021-2030, 22,5 milliards de dirhams mobilisés, 1 317 bus électriques en cours d’acquisition pour la Coupe du monde 2030 — mais ce sont l’APIME, l’AIVAM, l’AMICA, le GIPAM, la FENELEC et l’IRESEN qui structurent le terrain.
Pour les professionnels — installateurs, fabricants, importateurs, ingénieurs — rejoindre l’une de ces fédérations, c’est s’assurer une place à la table où s’écrit la prochaine décennie du secteur. Pour les investisseurs, c’est une cartographie indispensable pour identifier les bons interlocuteurs et les chaînes de valeur prometteuses.
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